À SPLIT, AVEC LA FERMETURE DU CAFÉ « NA KANTUNU », C’EST UNE INSTITUTION QUI DISPARAIT

24 septembre 2019

C’était une institution pour les derniers habitants du Palais de Doclétien. Face à la concurrence des bars à touristes et aux pressions de la mairie, Neno, le patron du Na Kantunu, a dû mettre la clé sous la porte. Une disparition symptomatique de la dérive d’une côte dalmate qui mise tout son développement sur les visiteurs étrangers. Au détriment des locaux.

« C’est la fin. L’avidité nous a dévorés. Le dernier bastion de vie locale tombe », souffle Baldo, en buvant son premier petit noir du matin. Bientôt, l’étroite terrasse du Na Kantunu, au cœur du quartier de Get, rue Dominisova, sera à ranger au rang des souvenirs. Ce troquet, le dernier à avoir résisté à la gentrification touristique va en effet fermer ses portes lundi 23 septembre.

Le patron, Nenad Šimundić, que tous ici appellent affectueusement Neno, s’est résolu à vendre ce local où il est né et où il a grandi, avant d’en faire un bar, au milieu des années 2000. « Le nouveau proprio va certainement lui aussi ouvrir un café, mais avec le départ de Neno, c’est un autre morceau de l’âme de cette ville qui disparaît », commente Baldo. Neno, lui, n’est pas d’humeur à parler. « Je suis dévasté. On reparlera quand tout ça sera fini, après le 23 », dit-il à voix basse.

Quand le prix du café est passé partout à sept kunas, chez Neno, c’est resté à cinq. On venait réviser chez lui, et il nous offrait une Cedevita.”

Neno est un enfant de Get, un homme brave et une grande âme. Il est né sur cette placette de la rue Dominisova, y a joué au ballon et à cache-cache avec les gosses du quartier, avant d’ouvrir un café dans sa cour, s’efforçant pendant toutes ces années de rester droit tandis que les cafés et restaurants à touristes conquéraient le moindre espace, libre ou non, du centre historique. Peu à peu, les pierres blanches protégées par l’Unesco se sont couvertes de la graisse des restes de parts de pizzas, de glaces, de chewing-gums et autres tortillas.

Quand la TVA est passée à 25%, Neno n’a pas augmenté le prix du café. Et quand tous les autres établissements ont fait grimper leurs tarifs, Neno n’a pas suivi leur exemple, arguant que les gens d’ici n’avaient pas d’argent. « Je me rappelle, quand le prix du café est passé partout à sept kunas, chez Neno, c’est resté à cinq. On venait réviser chez lui, et il nous offrait une Cedevita. Cet homme a toujours été une légende », se souvient Irena, l’une des fidèles du Na Kantunu. « Il n’y a jamais eu tout ce cirque avec des cocktails, des pailles, des smoothies et tout le tintouin. »

« Au cœur du Palais, il existe encore ce petit café unique, le seul que n’ont pas conquis les touristes, où on tombe toujours sur une bonne atmosphère, des blagues, des histoires du Hajduk, où un pépé peut t’alpaguer, te demander qui sont tes parents et te parler pendant des heures du bon vieux temps… Le tout avec un service impeccable, et un patron qui n’essaie jamais de t’arnaquer. » Voilà le genre de commentaires qu’on peut lire sur la page Facebook du Na Kantunu, le café sur les murs duquel sont peints trois symboles : le blason du Hajduk Split, Saint-Domnius et les vers « Ako san Getanin i ja san dite » (Si je suis de Get, moi aussi je suis un minot).

Source « Courrier des Balkans »

 

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