LA CROATIE SUR LA ROUTE DES RÉFUGIÉS : LE FIL DE L’ACTUALITÉ

La crise des réfugiés et la fermeture des frontières ont ramené les relations entre la Croatie et la Serbie au plus bas depuis près de 20 ans… Le bras de fer se poursuit sur fonds de crise humanitaire majeure et dans l’assourdissant silence de l’Union européenne.

https://francecroatieamitie18.files.wordpress.com/2015/09/sans-titre.png?w=208&h=157 PREMIERS PASSAGES EN CROATIE  :

Conséquence du blocage de la frontière serbo-hongroise, les migrants tentent désormais de gagner l’espace Schengen en traversant la Croatie. Des premiers groupes sont arrivés mardi soir à Šid, sur la frontière serbo-croate. Le phénomène pourrait rapidement s’amplifier.

Plusieurs dizaines de réfugiés ont franchi illégalement la frontière de la Croatie mercredi matin. La police croate les a conduits immédiatement à un poste d’enregistrement installé à Tovarnik, la localité croate la plus proche de la frontière, où l’on se préparait depuis plusieurs jours à l’accueil des réfugiés. D’autres groupes sont en train de passer la frontière à travers champs.

Selon le Premier ministre croate Zoran Milanović, 150 réfugiés auraient pénétré en Croatie dans la nuit. A la demande de la Présidente Kolinda Grabar-Kitarović, une séance du Conseil de sécurité nationale doit avoir lieu pour préciser les moyens de faire face à la crise.

Zoran Milanović a expliqué que les réfugiés qui entraient en Croatie seraient autorisés à traverser le pays pour poursuivre leur route vers l’Ouest de l’Europe. « La Croatie est totalement prête à recevoir ou à rediriger ces personnes où elles veulent aller, clairement l’Allemagne et les pays scandinaves », a déclaré le Premier ministre devant le Parlement. « Ils pourront traverser la Croatie et nous les y aiderons. »

Les réfugiés ont commencé à arriver mardi soir sur la frontière, près de la petite bourgade de Šid. Mercredi matin à 6 heures, un autocar emmenant 60 réfugiés y est arrivé, en provenance directe de Preševo, dans le sud de la Serbie. Ces réfugiés – des femmes, des hommes et des enfants – viennent principalement de Syrie et d’Afghanistan, mais il y a aussi quelques Africains.

A Šid, l’ancien hôpital pour enfants Principovac a été aménagé pour permettre l’hébergement provisoire des réfugiés. Le directeur de l’établissement Radoslav Milošević a expliqué à B92 que celui-ci pouvait accueillir 250 mères avec leurs enfants, tandis que les hommes seraient logés dans des tentes.

Depuis mercredi, l’information circule sur la frontière gréco-macédonienne, à Gevgelija, où les volontaires distribuent des tracts invitant les réfugiés à se diriger vers la Croatie plutôt que vers la Hongrie, en indiquant les itinéraires à suivre mais aussi l’emplacement des champs de mines, toujours nombreux aux alentours de la frontière serbe.

Petite chronologie des faits :

(Source : Courrier des Balkans)

17 sept – 10h30. Entre 1 200 et 1 300 migrants seraient entrés en Croatie dans la journée de mercredi.  Avec le blocage de la frontière serbo-hongroise, les réfugiés commencent à modifier leur trajet en contournant par l’Ouest. Les autorités croates s’attendent à plus de 4 000 arrivées quotidiennes dans les jours qui viennent. Waqar, un Pakistanais de 26 ans, explique à l’AFP : « La Hongrie a fermé sa frontière, c’est pourquoi nous sommes venus en Croatie, pas le choix », alors que la chef de la diplomatie croate Vesna Pusić a averti : « Nous sommes prêts à accorder le droit d’asile à quelques milliers de migrants (…) mais nous ne sommes pas prêts pour des dizaines de milliers ».

17 sept – 15h. Selon Zagreb, 6 200 réfugiés avaient officiellement pénétré en Croatie jeudi à 11h20. La situation est de plus en plus tendue à Tovarnik, où s’effectue un premier enregistrement, tandis que de nouveaux autobus sont attendus de Serbie. La présidente Grabar Kitarović parle d’un flux « trop massif » et « incontrôlé ».

17 sept – 21h30. Près de 3000 milliers de réfugiés ont passé la frontière serbo-croate au poste de Batina, jeudi peu après 19 heures. De nombreux autobus sont arrivés à Bezdan, du côté serbe du Danube, principalement en provenance de Horgoš (frontière hongroise). Selon la ville de Sombor, quelque 2500 réfugiés ont utilisé ce point de passage au cours de la journée

Tout au long de la soirée, les réfugiés ont continué d’affluer. Le pont qui sépare Bezdan du village de Batina, en Croatie, a été fermé à la circulation. Les réfugiés peuvent le traverser par groupe de 20, avant de s’enregistrer et d’être conduits dans des centres collectifs en Croatie. À l’heure actuelle, le camp de de Horgoš serait pratiquement vide. Dans le sud de la Serbie, vers 17 heures, 5000 réfugiés sont arrivés à Preševo, avant d’être transportés en autocar vers la frontière croate.

18 sep – 8h30. La Croatie a fermé jeudi soir à 22 heures tous ses points de passage avec la Serbie, à la seule exception de la frontière de l’autoroute Belgrade-Zagreb. Des milliers de réfugiés sont entrés dans le pays, espérant pouvoir rejoindre la Slovénie. La situation est de plus en plus chaotique.

20 sept – 12 h. « La Serbie va perdre des millions à cause de la fermeture des frontières des pays voisins », a souligné Rasim Ljajić, le ministre du Commerce, des télécommunications et du tourisme. « Les pertes seront énormes car la Croatie et la Hongrie sont des partenaires commerciaux majeurs du pays, et ce sont aussi des pays de transit incontournables pour l’exportation des produits serbes. Depuis plusieurs jours, une énorme queue de camions s’est notamment formée sur l’autoroute Belgrade-Zagreb. Côté croate, elle atteignait au moins cinq kilomètres dimanche matin.

21 sept – 22h30 h. Le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić a annoncé que son pays allait prendre des « mesures de représailles » contre la Croatie si celle-ci ne rouvre pas sa frontières au trafic des poids lourds. Dans l’après-midi, une queue de camions de plus de douze kilomètres s’allongeait au poste frontière de Batrovci, sur l’autoroute Zagreb-Belgrade.

22 sept – 18h 30. Ranko Ostojić, le ministre croate de l’Intérieur, a vite quitté le conseil des ministres européens consacré à la crise des réfugiés. « Quand ils ne sont pas capables de s’entendre sur des quotas pour 120 000 personnes, je n’ai rien à faire à cette réunion, alors que je représente un pays où sont entrés 35 000 réfugiés en une semaine », a-t-il déclaré aux journalistes.

24 sept – 01h. Le ministre serbe de l’Intérieur, Nebojša Stefanović, a déclaré à minuit que les véhicules de transports de marchandises croates étaient désormais interdits de pénétrer sur le territoire serbe. La Chambre du commerce croate craint un « désastre économique ».

24 sept – 15h. Depuis mercredi soir, minuit, la Serbie a interdit l’importation de toute marchandise croate. En retour, Zagreb interdit l’entrée sur son territoire, au poste de frontière de Bajakovo, à tout véhicule immatriculé en Serbie. Des milliers de camions attendent toujours de passer.

24 sept – 15h 15. À ce jour, plus de 51 000 réfugiés sont entrés en Croatie, selon le ministère croate de l’Intérieur.

24 sept – 23h. L’ambassadeur de Croatie à Belgrade a refusé ce jeudi la note diplomatique de protestation que la Serbie avait envoyée suite au blocus de la frontière, a fait savoir le ministère croate des Affaires étrangères.

25 sept – 12h. Les hommes d’affaires serbes et croates sont en proie à la panique suite au blocus actuel de la frontière. Les dommages financiers seraient déjà importants et les hommes d’affaires craignent un effondrement prochain de l’économie si les sanctions ne sont pas bientôt levées.

25 sept – 17h 30. La frontière entre la Serbie et la Croatie a rouvert ce vendredi à 17 heures, a confirmé le ministre croate de l’Intérieur, Ranko Ostojić. La décision est intervenue après que la Commission européenne a demandé à la Croatie un « explication urgente » sur le blocus du fret en provenance de Serbie. Vendredi soir, Belgrade a levé les contre-mesures contre la Croatie.

27 sept – 20h 30. Les autorités croates estimaient, dimanche soir, que 75 000 réfugiés avaient, à ce jour, transité par leur pays. Durant ce week-end, les deux principaux points de passages depuis la Serbie étaient à Tovarnik et à Bapska. Les réfugiés sont immédiatement conduits dans le centre d’identification de Bapska. Samedi, deux trains ont conduit 2 500 personnes vers la Hongrie. Dimanche après-midi, un convoi de 20 autocars a conduit quelque 1000 réfugiés en Hongrie, au poste frontière de Terezino Polje. Les réfugiés ont immédiatement été conduits dans un train en direction de la frontière hongroise. Les postes frontière avec la Hongrie situés plus à l’est étaient fermés.

4 octobre – 10h. La Hongrie doit achever ce dimanche de poser une barrière de barbelés haute de 3,5 mètres tout au long de sa frontière avec la Croatie. Au cours des deux dernières semaines, 100 000 réfugiés seraient passés de Croatie en Hongrie. Avec l’achèvement de la barrière, ils pourront uniquement passer par le poste frontière officiel de Baranjsko Petrovo Selo.

16 octobre – 22h30. La Hongrie annonce qu’elle va ferme ce soir minuit ses frontières avec la Croatie. Cette dernière annonce qu’elle aura recours au « plan C », consistant à faire transiter les réfugiés qui arrivent de Serbie vers la Slovénie. Ljubljana souligne néanmoins qu’aucun accord en ce sens n’a été conclu avec Zagreb…

17 octobre – 10h. Malgré l’absence d’un accord formel avec Ljubljana, la Croatie est passée au « plan C », en dirigeant les réfugiés vers la Slovénie. De premiers autobus ont franchi la frontière ce samedi matin au poste de Gruškovje.

17 octobre – 11h30. Six autocars de réfugiés sont arrivés vers 8 heures samedi matin en Slovénie, passant par le poste de Macelj. Un train, transportant près de 1000 passagers, est parti dans la matinée du Centre d’identification d’Otapovac et est attendu vers midi à Čakovec, dans le Međimurje croate. Les réfugiés doivent ensuite être conduits en autocars vers les postes frontaliers de Macelj et Mursko Središće.

31 octobre – Un immense « centre d’accueil » est en construction à Slavonski Brod, dans l’est de la Croatie, près de la frontière avec la Serbie. Il accueillera ses premiers réfugiés dès lundi, et pourrait devenir l’un des principaux centres de transit sur la route des Balkans.La construction de ce centre est une conséquence directe du Sommet de Bruxelles, dimanche 25 octobre : l’Union européenne avait appelé les pays des Balkans occidentaux à une meilleure coopération pour tenter de ralentir les flux de réfugiés et à mettre en place des centres d’accueil, alors que l’hiver approche. Le camp pourrait héberger jusqu’à 15 000 personnes dans des tentes chauffées. Ce chiffre est à la fois à la fois énorme et dérisoire, quand des milliers de personnes pénètrent chaque jour en Croatie.

04 novembre – 23 h 30. Selon les données de la police croate, huit trains en provenance de Šid sont arrivés à Slavonski Brod entre mardi matin et mercredi 17 heures. Dans le même temps, six trains sont partis vers la Slovénie. Un peu plus de 1 000 passagers peuvent prendre place à bord de chaque train. Mercredi en fin d’après-midi, 2 000 réfugiés étaient présents dans le centre d’accueil, qui peut recevoir jusqu’à 5 000 personnes. Par ailleurs, 20 autobus provenant de Serbie ont pénétré mercredi en Croatie, et ont directement pris la route de la Slovénie. Les autorités croates s’attendent à un « grand afflux » de réfugiés dans les prochains jours.

5 novembre – 19 h. La Serbie a informé l’Union européenne qu’elle allait mettre à disposition 3 000 hébergements supplémentaires pour les réfugiés, notamment dans d’anciennes casernes. La Slovénie prévoit 2 000 places, et la Croatie 5 000.

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