LA CROATIE REJOINDRA-T-ELLE L’ESPACE SCHENGEN ?

22 août 2019  

« L’adhésion à l’espace Schengen est l’une de nos priorités pour renforcer la sécurité à l’intérieur du pays, mais aussi à l’extérieur », a expliqué Gordan Grlić Radman, le nouveau ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de Croatie à la chaîne de télévision N1. « La police croate et le ministère de l’Intérieur ont fourni un travail considérable et leurs efforts ont été salués par tous les États-membres de l’Union européenne. La Croatie était censée répondre à huit chapitres concernant les acquis communautaires de Schengen et je pense qu’elle s’approche de la fin. D’après des informations non officielles, ce huitième chapitre devrait être conclu prochainement. Je pense que le Premier ministre pourrait, dès le début de l’automne, annoncer une bonne nouvelle aux citoyens croates. »

La fermeture des chapitres de négociation n’entraîne cependant pas une adhésion immédiate à l’espace Schengen. La Bulgarie et la Roumanie, qui ont formellement répondu à tous les critères sont en « salle d’attente » depuis cinq ans. « Nous travaillons de concert avec la Croatie pour que le pays mène à bien toutes ses obligations concernant Schengen dans les plus brefs délais. Le cadre temporel dépend des avancées de la Croatie vis-à-vis des critères définis. Par la suite, la Commission dira si elle estime que la Croatie est prête à intégrer l’espace Schengen, mais c’est le Conseil européen qui prendra la décision finale qui requiert l’unanimité », rappellent les porte-paroles de la Commission européenne.

Or, le problème réside dans la décision du Conseil européen, composé des chefs d’État et des gouvernements des États-membres de l’UE. Les députés européens croates, Karlo Ressler, Tonino Picula et Dubravka Šuica considèrent que la Croatie remplit tous les critères techniques, ce qui devrait être officiellement confirmé avant la fin du mandat de Jean-Claude Juncker. Ils assurent que la Commission européenne leur a elle-même directement fourni de telles informations. Toutefois, la député européenne sociale-démocrate Biljana Borzan n’est pas si optimiste. « Nous avons mis dix ans à intégrer l’UE, et pendant tout ce temps, nous recevions sans cesse des signaux positifs. Étant donné que l’adhésion à l’espace Schengen est depuis quelque temps étroitement liée au niveau de corruption du pays, je crains que la Croatie n’ait pas de grandes chances d’intégrer rapidement Schengen. Cette adhésion serait d’une grande aide pour notre pays, mais j’ai peur que cela ne soit pas envisageable prochainement, malgré les signaux positifs. »

L’INCONNUE DE PIRAN ET DU VETO SLOVÈNE

« Il est difficile de dire quand la Croatie pourra intégrer Schengen », ajoute l’eurodéputée sociale-démocrate slovène Tanja Fajon. « La Bulgarie et la Roumanie remplissent depuis longtemps tous les critères nécessaires, elles ont reçu une recommandation positive de la Commission européenne. Nous, les députés, avons demandé aux États-membres de l’UE d’intégrer ces deux pays, mais cette adhésion n’est toujours pas effective. Ce n’est pas uniquement à cause de la Bulgarie et de la Roumanie, mais aussi en raison de l’État actuel de Schengen. De plus en plus de pays veulent retrouver la souveraineté de leurs frontières, ce qui nous a empêchés de mener des réformes plus ambitieuses. À l’intérieur même de l’espace Schengen, six pays maintiennent illégalement des contrôles à leurs frontières, alors que ces derniers devaient être temporaires. Les États-membres ne sont pas unanimes quant à l’avenir de Schengen. Certains veulent plus de souveraineté ».

Outre ces divisions internes, la Croatie pourrait aussi être bloquée par un potentiel veto de la Slovénie. Pour certains ministres slovènes, l’adhésion de Zagreb à l’espace Schengen dépendra de l’acceptation de la sentence accordant 75% de la baie de Piran à la Slovénie. Selon Tanja Fajon, la Slovénie pourrait cependant se montrer pragmatique : « Si la Croatie intègre Schengen, la Slovénie ne serait plus la frontière extérieure de l’Union, ce qui serait avantageux sur la plan de la sécurité et des migrations ».

Source « Courrier des Balkans »