La Croatie vote une loi pour éviter la chute d’AGROKOR et sauver son économie

Jeudi, les députés croates ont adopté une loi qui doit permettre le sauvetage d’Agrokor, menacé de faillite. Le géant de l’agroalimentaire, qui pèse 15% du PIB croate, pourrait entraîner toute l’économie balkanique dans sa chute.

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement croate fait des pieds et des mains pour éviter la faillite du premier employeur privé du pays. Le groupe Agrokor, ce sont 60 000 employés, dont les deux tiers en Croatie et un capital qui pèse environ 15% de la richesse nationale. Comme l’explique au Monde Adelina Marini, la rédactrice en chef du site Euinside, « sa chute serait l’équivalent de la faillite de Lehman Brothers » pour la Croatie.

Une loi, déjà surnommée « Loi Agrokor », a finalement été adoptée jeudi 6 avril par le Parlement. Le texte autorise l’État croate à venir en aide aux grandes entreprises en difficulté. Trois jours plus tôt, les six principaux créanciers du pays, dont deux banques contrôlées par Moscou, avaient signé un accord gelant les remboursements du groupe, afin d’entamer des négociations sur sa restructuration. Celles-ci devraient durer des mois.

Les dettes du groupe sont estimées à six milliards d’euros, pour un chiffre d’affaires annuel de 6,7 milliards d’euros. Les fournisseurs d’Agrokor s’inquiètent déjà pour leur avenir : face aux impayés, ils craignent de devoir mettre la clé sous la porte ou de devoir licencier pour rebondir. Une issue que redoutent les autorités de Zagreb alors que le chômage atteint les 15% en Croatie, l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne, derrière la Grèce et l’Espagne.

« La chute d’Agrokor relancerait l’exode rural »

« Un effondrement d’Agrokor plongerait la Croatie dans la récession, on reviendrait à 2008 », prévient Vladimir Nišević, qui dirige la rédaction du journal économique Poslovni dnevnik. Selon la chambre d’Agriculture de Croatie, la chute d’Agrokor entraînerait la faillite de fermes, et « relancerait l’exode rural ».

L’endettement d’Agrokor qui menace aujourd’hui la viabilité du conglomérat dirigé par l’intrigant Ivica Todorić serait lié à sa politique d’acquisition trop agressive. Une « expansion (…) trop rapide soutenue par un financement fragile », résume l’analyste économique Luka Brkić. Tout s’est précipité en janvier quand Agrokor s’est retiré d’un accord avec certains de ses créditeurs. Plusieurs entreprises du groupe ont alors vu leurs comptes gelés en raison de dettes non payées, envers l’Etat et des fournisseurs.

Le géant de l’agroalimentaire est presqu’aussi important que le tourisme pour l’économie croate, qui a fini par se relever en 2015 après six années de récession quasi permanente qui a fait se contracter le PIB de plus de 10%. Si Agrokor entraîne le pays dans sa chute, c’est toute l’économie des Balkans qui pourrait être affectée. Notamment la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Slovénie où le conglomérat emploie plusieurs milliers de personnes.

 

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