LA FERMETURE DES MARCHÉS, UN DÉSASTRE POUR LES PETITS PRODUCTEURS

30 mars 2020

L’épidémie de Covid-19 a forcé les autorités croates à fermer les marchés alimentaires, ce qui remet en cause la survie même des petits producteurs de fromages et légumes. Les associations syndicales demandent une aide d’urgence du gouvernement, alors que la grande distribution, elle, reste ouverte.

What do you want to do ?

New mailCopy

Pour lutter contre la propagation du SARS-CoV-2, les marchés sont désormais fermés en Croatie. La conséquence est immédiate : de nombreux petits agriculteurs sont sur la brèche. Les plus menacés sont certainement les producteurs de fromages, de légumes et de fleurs. Les gros producteurs de fruits placent en effet leurs produits principalement dans la grande distribution, même si ces derniers s’inquiètent aussi de ce que vont devenir leurs fraises, dont la récolte commence dans quelques semaines et qui se vendent généralement sur de petits stands dans la rue.

L’Union des petits producteurs de fromage (SirCro) a ainsi interpelé la Cellule de crise de protection civile et le ministère de l’Agriculture, leur demandant de rouvrir les marchés, sans quoi ils ne survivront pas à la crise. Des systèmes de vente directe avec livraisons de produits aux consommateurs ont été mis en place, mais pour Romina Zadravec, la présidente de SirCRo, ce système ne permet que d’écouler qu’une partie de la production de fromage frais et de crème. « La situation nous a pris au dépourvu. Les consommateurs n’ont pas les contacts des producteurs et vice versa. Nous sommes tous perdus, mais la production ne peut pas s’arrêter. Nos produits vont se périmer. Tous les producteurs ne disposent pas de chambres froides ou de chambres d’affinage pour faire des fromages demi-secs ou secs. La majorité d’entre eux sont menacés sans les marchés », explique-t-elle.

La Croatie compte officiellement plus de 1000 producteurs de fromage frais et de crème, et ces derniers ne savent pas à présent quoi faire de leur lait. Environ 120 petits producteurs disposent d’une fromagerie et sont aujourd’hui dans une situation un peu moins périlleuse. Pendant ce temps-là, les supermarchés continuent de s’approvisionner en partie avec des produits importés. « Personne ne demande aux petits producteurs de légumes, de fromage et de lait s’ils pourraient approvisionner les supermarchés. Ils importent, et nos produits vont finir à la poubelle », s’insurge-t-elle. Pour elle, la vente pourrait tout à fait continuer sur les marchés en respectant les mesures ordonnées par la Cellule de crise de lutte contre l’épidémie de coronavirus.

SirCro et d’autres organisations professionnelles ont proposé que les vendeurs comme les acheteurs aient tous moins de 60 ans et qu’ils portent obligatoirement un masque et des gants. Seule une entrée serait ouverte pour tous les marchés couverts et fermés, avec un service d’ordre. Les marchés ouverts pourraient aussi être temporairement entourés de barrières.

C’est également ce que préconise Vjekoslav Budanec, président de l’Union des associations de maraîchers croates. « La situation est alarmante. Les petits maraîchers qui vendaient sur les marchés ne savent pas quoi faire de leurs produits. Les moyens et les gros maraîchers écoulent leur production sur les marchés de gros, mais eux aussi sont fermés. On importe d’Italie des salades et des cébettes, que nous avons aussi en Croatie, au lieu d’organiser le rachat produits des primeurs croates pour la grande distribution », déplore-t-il.

Faute de mieux, des réseaux d’entraide s’organisent au niveau local. De nombreux groupes Facebook ou des sites mettent en contact consommateurs et petits producteurs, proposant des livraisons de fruits, de légumes, de produits laitiers, de vin et de bière, et des annonces sont publiées dans les médias. En attendant, espèrent les agriculteurs croates, une réaction adéquate des autorités.

Source « Courrier des Balkans »