LE FEUILLETON JUDICIAIRE DE L’AFFAIRE AGROKOR

13 septembre 2019

C’est le plus grand scandale financier de l’histoire croate, mais l’épilogue judiciaire est encore bien loin. Le Parquet a émis son deuxième acte d’accusation contre Ivica Todorić, l’ancien propriétaire du groupe en faillite, et ses collaborateurs, soupçonnés d’avoir détourné plus d’un milliard de kunas (140 millions d’euros). Le procès ne commencera pas avant au moins un an.

Ivica Todorić et trois de ses collaborateurs sont accusés d’avoir rétribué une société suisse pour des services de conseil fictifs en 2013, délestant Agrokor d’environ 9,5 millions de kunas (1,25 millions d’euros). Jadranka Sloković, l’avocate d’Ivica Todorić, affirme que les services étaient bien réels, et Ivica Todorić lui-même assure sur son blog que cette accusation ne servirait qu’à détourner l’attention des malversations ayant eu lieu ultérieurement, lors du redressement judiciaire d’Agrokor.

Les plaintes déposées contre Ivica Todorić, deux de ses fils, dix anciens directeurs d’Agrokor et deux auditeurs financiers accusés d’avoir falsifié les bilans de l’entreprise se montent au total à un milliard de kunas (140 millions d’euros). Le Parquet, en délivrant ses actes d’accusation au compte-goutte, essaie de prévenir les tentatives d’obstruction de la procédure judiciaire, une constante dans les dernières affaires de malversations économiques de grande ampleur.

« Cette tactique n’a rien d’étonnant et le Parquet essaie sans doute de faire sortir du bois des complices repentis, susceptibles de révéler davantage d’informations. D’après mes sources, deux autres actes d’accusation devraient être prochainement émis : le principal concernera la falsification des bilans financiers et l’abus de biens sociaux, le second les malversations effectuées par l’intermédiaire des fonds Nexus. Quoi qu’il en soit, la procédure va durer des années et nous allons sans doute devoir attendre encore un an ou deux l’ouverture du procès. L’affaire va ensuite certainement passer devant la Cour suprême et le Tribunal constitutionnel, si bien que quand la condamnation définitive tombera, nous serons déjà tous à la retraite », déplore Ana Raić Knežević, chroniqueuse judiciaire au quotidien 24 sata.

Fin août, treize actes d’accusation ont été émis contre 29 fournisseurs d’Agrokor accusés d’avoir aidé au financement du groupe par le biais de lettres de change. Le groupe Agrokor avait depuis longtemps déjà des problèmes de liquidités, mais Ivica Todorić réussissait à se procurer des fonds par divers moyens plus ou moins douteux. La crise a explosé au printemps 2017. De peur d’être arrêté, Ivica Todorić s’est alors enfui en Croatie, qui l’a extradé en Croatie, où il a été placé en détention provisoire. Il a été relâché contre une caution d’un million d’euros et assigné à résidence à Zagreb.

Les actionnaires d’Agrokor – dont les banques russes Sberbank et VTB, à hauteur de 40% – ont repris le groupe, rebaptisé Fortenova, qui est justement en train de négocier le remboursement de la « dette marginale » datant de l’époque Agrokor. Les fournisseurs exigent la somme intégrale immédiatement, tandis que Fortenova rappelle que l’accord de compromis prévoit un remboursement progressif.

Source « Courrier des Balkans »