Litige frontalier entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine

La cuisine dans un pays, les chambres et toilettes dans un autre. Le quotidien des habitants du village de Donji Jovići, sur la frontière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, est loin d’être évident. Et avec la construction d’un nouveau poste-frontière en plein milieu de village, la situation risque d’empirer rapidement. Bien trop de stress pour les villageois, qui demandent une solution.

 

Un voyageur passant la frontière au poste de Jovića most, qui sépare la Croatie de la Bosnie-Herzégovine au niveau de Imotski et Posušje, ne verrait sans doute ici qu’un joli coin de campagne paisible. Pour les villageois de Donji Jovići pourtant, ce poste-frontière est une véritable source d’angoisse.

Les ennuis ont commencé il y a quelques années, quand les autorités croates ont décidé de déplacer les frontières européennes de quelques dizaines de mètres, vers l’intérieur de la Croatie. Depuis, la frontière passe au beau milieu du village.

Pour Boro Jović, ce n’est vraiment pas pratique. Ses champs et sa maison sont en Croatie, ses vergers, ses prés sont juste à côté, mais en Bosnie-Herzégovine.

Et depuis que la Croatie est entrée dans l’Union Européenne, la situation des villageois est franchement compliquée. Ante Jović montre son laisser-passer, orné du blason de Bosnie-Herzégovine. « On doit tous l’avoir sur nous pour aller sur nos terres. Là-bas, en haut, près du poste-frontière, tout ça, ce sont nos prés. Mais c’est la Bosnie-Herzégovine, et pour pouvoir y aller sans problèmes, il nous faut ce laisser-passer », explique t-il.

Malheureusement pour Ante Jović et les autres, la situation risque fort d’empirer. Les autorités croates ont en effet l’intention de construire un nouveau poste-frontière, en plein milieu de Donji Jovići, décalant ainsi encore légèrement le tracé de la frontière. La maison de Boro Jović, par exemple, se trouve en plein sur la nouvelle ligne frontalière. « Les chambres, la salle-de-bains et les toilettes sont en Bosnie-Herzégovine, la cuisine et le salon en Croatie », se lamente t-il.

Ante Jović désespère : le nouveau tracé de la frontière passe pile sur la clôture de sa maison. « Je devrai passer le poste-frontière, me retourner et revenir en Croatie par le portail de mon jardin. Et c’est ici, en Croatie, à cette adresse, que mon entreprise est enregistrée. Comment est-ce que je pourrai faire passer mes marchandises par la frontière ? », se demande t-il.

Les villageois se demandent déjà quel sera leur sort quand la Croatie entrera dans l’espace Schengen. « Vous voyez le poste-frontière en haut ? Eh bien, seulement les gens du coin qui ont un laisser-passer et des terres de l’un ou de l’autre côté, pourront traverser. Mais le poste-frontière n’est ouvert que jusqu’à 22h. Après, vous ne pouvez pas revenir de Posušje, laisser-passer ou pas. Vous ne pourrez pas rentrer chez vous, et inversement », explique Boro Jović.

Les habitants de Donji Jovići aimeraient bien que les décideurs de Zagreb viennent sur place. La solution, selon eux, c’est tout simplement de remettre la frontière là où elle était à l’époque de la Yougoslavie. La borne posée en 1963 est d’ailleurs toujours debout. De fait, expliquent les villageois, ce tracé date même de l’époque des Vénitiens et des Turcs, qui avaient déterminé la portée des tirs de canon entre les forteresses d’Imotski et Posušje.

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