Luca Modric ballon d’or 2018 !

05 décembre 2018

C’était attendu, ça s’est confirmé : Luka Modrić a été sacré ballon d’or 2018 et l’immense talent du petit réfugié de guerre un peu trop maigrichon est indéniable.

L’anecdote est connue : les premiers protège-tibias de Luka Modrić auraient été en bois, fabriqués par son père Stipe. Son enfance tragique, passée dans des hôtels pour réfugiés après que la maison familiale eut été incendiée, n’est plus un secret pour grand monde. Son grand-père, dont il a hérité son prénom de Luka, a été assassiné, désarmé, non loin de leur maison de Zaton Obrovački, près de Zadar. Ce même Luka Modrić, dont la jeunesse et les années formatrices ont été marquées par les horreurs de la guerre, est aujourd’hui ballon d’or.

Soyons réalistes, il ne doit pas sa reconnaissance internationale à son enfance difficile, mais tout simplement au fait qu’il est devenu l’un des meilleurs footballeurs au monde. Il serait superflu de vous présenter ici Modrić en tant que joueur. Outre tous les accomplissements précédemment mentionnés, il est capitaine de l’équipe nationale croate, il a été l’un des joueurs qui a permis au Real Madrid de remporter la Ligue des champions deux fois consécutivement. Deux références suffisantes pour le considérer, au risque d’en choquer certains, comme le meilleur footballeur croate depuis l’indépendance du pays.

Zvonimir Boban était certes un rouage extrêmement important du puissant Milan AC, mais il n’a jamais joué plus de 36 matches, toutes compétitions confondues, sur une saison. Au Real Madrid, Modrić sort de trois saisons à plus de 50 matches, et depuis son départ du Dinamo Zagreb, il n’a eu que deux saisons à moins de 40 matches. S’il n’est peut-être pas le meilleur des footballeurs croates, on peut au moins le classer dans le top 3. Voilà l’histoire qu’Hollywood raconterait avant le générique de fin, sous forme de sous-titres défilant lentement sous le garçon aux protège-tibias de bois en train de s’entraîner.

Derrière ce scénario mythique, il y a une autre histoire. L’histoire de Luka Modrić est une histoire typiquement croate, exemplaire à bien des égards. Car le footballeur incarne, de manière simplifiée, tout le bien et le mal de notre société. Presque comme une caricature, ou une fable à raconter aux enfants.

Luka n’a jamais été une star. Son début de carrière a été marqué par une froide ignorance envers son talent. On raconte souvent que le Hajduk Split l’aurait refusé le jugeant trop maigre. En réalité, quand son père et Mario Grgurević l’ont emmené à Split, le Hajduk l’a recruté pour quelques tournois, entre autres en Italie. Le problème, c’est que les entraîneurs l’ont ensuite renvoyé chez lui, pensant qu’il n’avait aucun avenir. Ils se trompaient.

Tomislav Bašić a ensuite emmené Luka au Dinamo Zagreb, ou il a reçu un traitement semblable. Au lieu d’être reconnu comme une future star, il a été envoyé au Zrinjski Mostar, chez qui il a été, à 18 ans seulement, sélectionné en Première division pour participer au Championnat national. Quoi qu’on pense du Championnat de Bosnie-Herzégovine de football, une chose est certaine, ce n’est pas l’environnement idéal pour un adolescent maigrichon et techniquement sous-formé. Mais il semble que personne n’en ait fait le reproche à cet adolescent, vu sa qualité de jeu face aux équipes adverses.

Pourtant, ce ne suffisait toujours pas au Dinamo, de même que les tournois en Italie n’avaient pas été suffisants pour le Hajduk. Le Dinamo l’a prêté à un autre club, un peu plus près cette fois-ci, à un jet de pierre du stade de Maksimir, l’Inter Zaprešić. Tant de rejets et de désaveux auraient pu saper la volonté des plus forts, mais Luka Modrić n’a pas renoncé. Il a continué à progresser, a fait ses preuves à l’Inter Zaprešić, s’est battu pour une place au Dinamo, et a dénoncé tous les mauvais traitements dont il avait fait l’objet.

La route pour Madrid passait par Mostar et Zaprešić, et le chemin vers la Ligue des Champions commence sur des terrains boueux qu’il serait exagéré de qualifier de pelouses. Luka Modrić a évité toutes les brutes qui voulaient lui casser les tibias, et sauté par-dessus toutes les flaques où il aurait pu s’enliser. Il a travaillé incroyablement dur, il n’avait pas pour le pousser l’engouement des médias, mais ça ne l’a pas empêché de devenir le meilleur. Rien ne lui a été servi sur un plateau. Pour cet enfant à qui la guerre avait pris son grand-père et sa maison, qui a grandi dans un hôtel glacial avec un ballon pour seul jouet, le football est devenu un bouclier.

Apprenez à vos enfants, en vous basant sur l’exemple de Modrić, que la vie peut être incroyablement cruelle, mais qu’il y a toujours moyen de s’en sortir. Apprenez à vos enfants, sur l’exemple de Modrić, que le travail acharné paye toujours, et que la vie fait bien peu de cadeaux. Apprenez à vos enfants, sur l’exemple de Modrić, qu’il est important de croire en soi malgré tous les rejets et désaveux.

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