UNE PARTIE DE « NA BALOTE », ÇA VOUS DIT ?

05 octobre 2019

La pétanque, na balote comme on dit en Dalmatie, c’est une institution. Que l’on soit riche, pauvre, Serbe ou Croate, sur le terrain, il n’y a plus de distinctions. Novosti nous embarque pour une partie endiablée à Bilišani Gornji, où l’on se rassemble chaque soir que Dieu fait (catholique ou orthodoxe) pour lancer le cochonnet et partager une bevanda.

La pétanque, na balote comme l’appellent les Dalmates, a toujours été beaucoup plus qu’un simple jeu. Toutes les bourgades de la côte croate, ou presque, ont leur terrain. Chaque soir, quand il fait beau, on s’y retrouve pour des parties arrosées de bevanda, cette boisson traditionnelle, mélange de vin et d’eau, pendant lesquelles les joueurs s’invectivent à coups de jurons sympathiques.

À Bilišani Gornji, dans le fin fond de la Dalmatie, le terrain de pétanque est devenu un lieu de rassemblement. Tous les soirs, et encore plus le week-end, c’est l’effervescence au milieu des vieilles bâtisses délabrées : plus de dix fois la population du village s’y retrouve pour taper la boule ou regarder le spectacle.

« Il y a autant de Serbes que de Croates », raconte Branko Olujić. « Ils s’affrontent en équipes mixtes, boivent de la bevanda ou de la bière et tout le village se ravive, comme si c’était jour de fête. » Chassé par l’opération Oluja en août 1995, ce Serbe de 47 ans est revenu sur ses terres natales au milieu des années 2000 avec sa femme et ses deux enfants nés en exil. « Ce terrain de pétanque nous réunit et nous remplit le cœur. On traverse plus facilement les difficultés de la vie. C’est le terrain de la fraternité et de l’unité. »

Ici, c’est un vivre-ensemble qui ressemble de plus en plus à celui d’avant la guerre.”

Branko est à la tête d’une exploitation agricole familiale. Il s’occupe d’un troupeau d’une trentaine de moutons, de trois vaches et d’un bœuf. Mais c’est surtout ce terrain de pétanque, qu’il a bâti dans sa cour selon les traditions ancestrales, qui fait sa fierté. Ses deux fils, les petits Marko et Dejan, sont les premiers à en profiter, eux qui excellent déjà dans l’art de pointer ou de tirer.

« C’est un vivre-ensemble qui ressemble de plus en plus à celui d’avant la guerre, quand l’appartenance nationale n’avait pas d’importance », se réjouit le père Dragan Božić, qui vient souvent à Bilišani Gornji où il lui arrive même de s’essayer à la pétanque. « Obrovac est un modèle des bonnes relations inter-communautaires. Les Croates et les Serbes font face aux mêmes problèmes. Des enterrements se succèdent, parfois plusieurs fois par mois, tandis que les mariages, les baptêmes et les naissances se font rares. Il est difficile de trouver un emploi. On a l’impression que toute cette belle et unique région se meurt lentement. »

Voilà des raisons d’espérer !

Source « Courrier des Balkans »

 

 

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